Who the fuck am I? A little creepy geek? A kindly freaky boy-boy? Le Grand Masturbateur?
Dès l'âge de douze ans j'écrivais des tas d'histoires narrant les hauts faits d'un pauvre orphelin surdoué en quête d'identité.
Ils
finissaient par retrouver leurs parents appartenant à la communauté top
secrète des MTP (mages tout-puissants) et en mission ultra secrète sur
une île super secrète, puis héritent à leur tour des tâches qui
incombent à ceux en charge de la (dangereuse) sauvegarde du monde.
Alors, ils sont où les pouvoirs magiques et tout l'toutim? Elle
arrive quand la grande révélation? M'man, P'pa, on arrive bientôt?
C'est quand qu'je sais qui j'suis? Pas qu'j'sois pressé même si j'peux
paraître l'être hin, mais ça devient long.
Qu'est-ce qui se passe
quand on reconnaît un étranger dans le miroir? Qu'est-ce qui nous
définit? Ce qu'on pense, ce qu'on fait, ce qu'on mange, ce que les
autres pensent de nous?
Oulalalah! Ça sent le terrain miné tout ça! Je préfère (et de loin) m'acheter une casquette-hippo, histoire de gérer la pression. Le management humain, j'adore ça. Tout comme cette façon complètement ridicule qu'ont les joueurs chinois de ping pong de tenir leur raquette.
Non mais vous avez déjà sérieusement réfléchi à ce que c'était du
vent? Ça m'est arrivé en plaine (3/4) face, alors que j'essayais de
faire tenir ma capuche en place tout en descendant une descente vers le
bas à vélo. BORDEL, C'EST QUOI LE VENT.
Des masses d'air qui se
déplacent à cause de forces telluriques? Des vagues provoquées par les
différentes pressions de l'air (tout le monde sait que l'air chaud
monte)? Des frottements provoqués par la vitesse acquise en descendant
cette descente, atomes crochus contre atomes crochues?
Ouahahargh, ça pue carrément l'embuscade tout ça! Allons-en s'acheter vite fait une paire de lunettes-yeux mieux qu'un vieux pieux dans les cieux (ou pire qu'un sire dont l'ire délire).
Alors non seulement Maupassant n'avait pas de Xanax, mais en plus il n'avait pas les China Store (les Chinestocks!).
Un
tout grand bravo à l'industrie de la pharmacerie (pharmaceutique quoi)
et à l'Empire du bric-à-brac, ils viennent à eux deux de résoudre 3000
ans d'angoissants questionnements.
Merci aussi à Belgam d'avoir sponsorisé ce post et sans qui je serais encore là dans trente ans.
"Médicament. Médicament. C'est l'heure du médicament. Médicament."
Amusant et affolant à la fois, la vitesse à laquelle surgissent les
démons à la faveur de l'obscurité d'une nuit sans lune et sans ivresse.
Phénomène
connu, reconnu et décrit par beaucoup mais certes fascinant. Le
Horla... Effrayant de penser ne fut-ce qu'une fraction de seconde à la
paranoïa dans laquelle a sombré Maupassant avec/après/dans/suite à
cette nouvelle.
M'enfin, ça passe, les muscles s'engourdissent, le corps est lourd, la gravité est multipliée par deux, les paupières pèsent, forer la moindre pensée concrète devient un effort surhumain. Maupassant n'avait pas de Valium®.
Dormez, dormez vous qui en avez le pouvoir et jouissez de cette aptitude autant que possible.
Je me trouve gras, laid. De moins en moins alerte, blasé plus qu'à mon tour. La banalité qui s'est emparée de moi absorbe tout sur mon chemin et m'empêche de trouver du plaisir à tous les jours, promener mon enveloppe charnelle. Tout devient prévisible, neutre, normal, nul. Où est passé le feu follet qui brûlait en moi?
La fatigue l'a éteint.
Ce nombre incalculable de nuits sans
sommeil a tué toute vivacité intellectuelle et émotionnelle susceptible
d'émaner de ma personne. Tout devient une copie d'une copie, d'une
copie, d'une copie, en effet. Les journées défilent et se ressemblent,
rapprochant un peu plus du clash, inévitable, presque attendu comme une
délivrance, le jour où on finit par craquer.
La nuit blanche n'est, elle, jamais banale. Longtemps, d'abord, on
cherche ses raisons. Elles sont vraisemblablement diverses, cela va de
l'angoisse existentielle aux réflexions plus ou moins philosophiques
qui squattent le canal des pensées (comment un alligator peut-il
survivre plus de six mois sans manger?). Mais toutes ont pourtant un
point commun, le fourmillement incessant des neurones. Leur activation
est presque automatique, comme si le simple fait de fermer les yeux
enclenchaient la diabolique machine.
La nature de ces heures passée
en la compagnie exclusive de soi-même est certes intéressante, mais
leur déroulement l'est encore plus.
L'étude des différentes phases
qui la composent serait fastidieuse mais certaines apparaissent comme
récurrentes et caractéristiques. Le refus, par exemple, lorsqu'on
cherche à se convaincre soi-même que l'on va dormir, qu'il suffit de
patienter encore un peu, qu'on est fatigué. Et avec ça, l'acceptation
qui suit tôt ou tard, lorsqu'on rallume la lumière pour chercher son
paquet de cigarettes et le livre qui traîne toujours à portée de main.
A un moment où un autre arrive toujours la tentation, celle de
l'assistance médicale, ces petites pilules qui vous narguent. Mais plus
l'heure avance et plus le somnifère vous paraît inutile, de toute façon
il est déjà trop tard, la journée du lendemain est de toute façon
bousillée.
Quelques pulsions pointent parfois le bout de leur nez.
Ecrire des lignes et des lignes, se lever brusquement et pousser des
bruits d'animaux en tapant des pieds jusqu'à s'effondrer sur le sol,
pleurnicher lentement dans son oreiller en reniflant sa misérable
condition.
D'autres fois, certains démons viennent hanter la pièce,
surdimensionnant tous vos malheurs, vos incompréhensions, vos détresses
pour finir par vous faire haïr, pour quelques temps, votre existence.
Mais le moment le plus fort, le plus dur parfois, mais sans doute le
plus étrange, c'est l'heure à laquelle on entend les premiers oiseaux
chanter. Timidement d'abord, quelques gazouillements. Puis des
réponses, un peu plus franches, et enfin un véritable concerto pour
insomnie qui finit par vous tirer de votre lit pour prendre une douche
et s'habiller, s'apprêter à affronter des longues heures d'absence
mentale.
La première note que l'on entend résonne longtemps dans la
tête. Elle est à la fois délivrance (encore une fois) et glas. A partir
de ce moment précis, on sait que la lutte contre l'éveil est perdue,
mais on sait également qu'elle est terminée, ce qui est dans une
certaine mesure, rassurant.
La journée qui va suivre mérite peu d'être évoquée. Fantomatique, perturbée, longue. Sans parler des conséquences physiques, chutes de tension, absences mentales, mémoire défaillante, manque d'attention, ...
Le soir suivant arrive alors, mettant un terme à ces journées compte-doubles. Votre cervelle vous joue encore quelques tours mais ne peut résister beaucoup plus longtemps et vous sombrez dans un sommeil sans rêve, brut, de relativement courte durée, vous octroyant un peu de répit jusqu'à la bataille suivante.
A moins que vous n'ayez posé votre lettre sur une case compte-triple...
Pour les deux, trois qui suivent mes notes, je continue sur http://websterwebsterandco.vox.com ! Besoin de visiter de nouveaux espaces!
Yeux délavés, chien fatigué, assis sur la terre râpeuse de ces vieilles turnes en bois, délaissées par la déliquescence d'un Occident en mal d'amour. Les interstices entre les planches mal assemblées filtrent une lueur pâle qui meurt en frappant le sol. Douce schizophrénie nocturne, longs voyages vésaliens tourmentants, cigarettes à remonter le temps. Le sang coule lentement le long des chairs décrépies de l'étranger, formant des expressions carmines, stries d'horreur, sillons de la mort, barreaux d'un enfer mal connu et pas reconnu. Personne à qui confier ces secrets intimes si ce n'est le double émané d'un crotale persiffleur accompagnant le moindre de mes pas, abreuvé de paroles mortifiées, insignifiantes et pathétiques d'un esprit malade. Nourri de doutes, de soupçons, d'incertitudes, son corps s'allonge en un huit sans fin se glissant imperceptiblement autour de ma gorge, me privant un peu plus chaque jour de l'air substantifique dont j'ai tant besoin. Suffoquant, allongé sur la terre râpeuse de cette vieille turne en bois délaissée par la déliquescence d'un Occident en mal d'amour. La nuit se passe, déchirée par ce long cri strident, ce long silence étouffant. Les premières notes d'un jazz lointain retentissent doucement, la musique se joue de l'opacité et hypnotise pour un peu les Démons, desserre pour un peu le noeud coulant.
L'amour c'est un peu comme dans les cartoons. Bon j'avoue que cette tournure de phrase est un peu kitch, mais écoutez-moi jusqu'au bout.
Le personnage court, court, court tellement vite que ses jambes ne sont plus qu'un tourbillon informe, il court sans voir arriver la falaise. Enfin, la falaise n'arrive pas, c'est lui qui arrive vers la falaise, mais le résultat est le même. Donc, arrivé à la falaise, il passe outre le bord et continue à tourner des jambes le plus vite possible. Et il se rend compte qu'il n'avance plus. Il jette un dernier regard mi-surpris, mi-résigné à la caméra et entame une longue chute dont on perçoit à peine un lointain écho.
Mais au fond, vers quoi courait-il? Et puis j'ai déjà vu un cartoon dans lequel il bat si vite des jambes qu'il passe au-dessus du gouffre sans s'en rendre compte, sous l'oeil ébahi du jeune téléspectateur s'étouffant dans son pop-corn.
Vous voyez que l'amour c'est un peu comme dans les cartoons.
That's all folks!
La vie est un Caddie. Mais beaucoup n'ont pas compris qu'il est beaucoup plus amusant de dévaler les rues dedans à pleins pots, avec deux portions de champis dans le bide et hurlant de longues onomatopées, plutôt que de le remplir de choses.
Je suis d'accord avec vous, le gars qui dévale sa pente, tôt ou tard il finira dans un mur de briques, la face incrustée dans les joints, les dents éparpillées sur le trottoir et pas plus épais qu'un bas-relief. Mais un mur, c'est poreux. Et peut-être que si son corps s'est arrêté, et pas qu'un peu, son âme, libérée du joug de la réalité par les psychotropes, est passée à travers les micropores du mur, a continué son chemin et s'est envolée pour toujours, totalement libre! Tandis que vous, vous faites la file à la caisse.
Parce que le fait de ne pas se soucier du mur, le fait de ne pas le voir, le fait de le déconsidérer totalement comme un risque potentiel ou une finalité, le fait de ne pas connaître les propriétés physiques d'un mur, le fait de considérer comme du hasard les six cents millions de personnes qui ont foncé contre ce mur ont été arrêtées. Le fait de ne pas s'arrêter devant le mur, de ne pas avoir peur, c'est peut-être comme ça qu'il faut l'approcher pour le traverser.
C'est tout à fait comme dans Harry Potter, à King's Cross, lorsqu'il doit se rendre sur le Quai 9 3/4 en fonçant dans le mur. Il doit faire abstraction de tous ses préjugés contre les murs s'il veut passer au travers.
Alors pendant que la caissière-robot vous scanne vos objets dans une angoissante et interminable répétition de 'Bip'-'Bip'-'Bip', je continue de voguer vers d'autres dimensions, Yiiiiihaaaaaaaaaaaa!
Je prends enfin conscience de toute la puissance du verbe narguer.
Jusque là je savais ce qu’on m’en avait dit, ce que j’en avais lu, le peu de ce que j’en avais vécu, par exemple quand Ana me disait que ce n’était pas possible cette semaine-ci alors qu’on était déjà en sous-vêtements. Et elle me lançait ce petit sourire en me le disant, c’est à mon avis ce petit sourire qui m’a tenu si longtemps en haleine. J’avais donc déjà une vague idée de la signification de l’acte de narguer, mais jamais auparavant je ne l’avais ressenti avec mes intestins. C’est peut-être cela qu’on appelle l’expérience, être expérimenté. Quand on a testé les concepts intellectuels avec ses tripes. On peut disserter pendant des heures sur l’amour en ayant quelques romans, mais tant qu’on a pas ressenti ses intestins qui se nouaient parce que son amoureuse était cinq minutes en retard, alors on ne sait pas c’est quoi l’amour. On peut avoir peur en voyant la hache de Jack Nicholson s’abattre sur la porte dans Shining, mais on a pas réellement peur tant qu’on ne ressent pas les crampes qui nous saisissent après avoir été poursuivi par en molosse prêt à vous déchiqueter au moindre faux pas. Je ne fais qu’enfoncer des portes ouvertes en vous racontant cela, c’est l’évidence même, mais c’est juste pour me rappeler que mon mal de ventre n’est pas un reliquat da la murge d’hier mais bien de l'impression de se sentir nargué.
Il me nargue, posé juste à côte de mon ordinateur. Avec sa raie qui le traverse et qui a l’air de me dire « Mais vas-y, si tu as peur de me prendre en entier, avale juste la moitié, et tu verras bien ! ». Mais les demies c’est un concept de lâches (qui a pensé de prudents ?). Ça me rappelle les premiers rails engouffrés dans nos narines pathétiques. Les copains voulaient tous commencer avec une demie et prendre l’autre demie un peu plus tard. Je trouvais ça tellement hypocrite. Mais tout ça c’était pour du rire, c’était facile, ce n’était pas vraiment nous ces soirs là, on savait que c’était pas nous, qu’on jouait un rôle. Et quand on regardait autour de nous, les gens qui dansaient, les yeux révulsés, qui remuaient frénétiquement et nous regardaient avec ce sourire terrifiant plaqué sur leur visage, on savait qu’on était pas à notre place, qu’on jouait un rôle.
Mais là, je suis chez moi, dans ma réalité. Et ma réalité c’est qu’il est quatre heures du matin, que tous les soirs je n’arrive plus à trouver le sommeil et que tous les matins, si je trouve le réveil c’est pour appuyer sur snooze.
Et il me regarde, et je le regarde me regarder. Il est vert et y’a marqué F2 dessus. Pourquoi, j’avais demandé à ma pharmacienne de mère. Aucune idée qu’elle m’avait répondu.
Vous vous demandez sans doute pourquoi j’ai tellement la frousse d’avaler ce cacheton. Et moi aussi, un peu. Pourtant, mes intestins essayent de me dire quelque chose. Il y a toujours le risque que ce soit le premier d’une longue série, que je perde l’habitude de m’endormir naturellement, que cela devienne une dépendance. Et pas une dépendance comme la clope ou le café, non. Je suis handicapé du sommeil, et plutôt que de réapprendre à marcher, on me file une chaise roulante où je resterai calé toute ma vie. Mais peut-être que j’ai besoin de cette chaise pour réapprendre à marcher ?
Je me sens un peu ridicule de flipper pour ça. Et vous devez le penser aussi. Mais j’ai l’impression que ça dépasse le simple cadre de cette pilule, de cette nuit, de ce problème de sommeil. L’avaler, ça serait comme céder à la facilité, ça serait perdre le dessus. Et ça dans ma vraie réalité. Ça ne m’est jamais arrivé avant.
Il me nargue, et mes intestins me tiraillent le bide. Je sais que je devrais arrêter de faire tant d’histoires et l’avaler sans y penser, et tout le monde le sait. Mais je sais qu’après, ça ne serait pas dans mes intestins qu’il y aura du bordel, mais dans ma tête, et même qu’il va bien s’ancrer.
Je sais que ça dépasse le cadre de cette pilule, de cette nuit, de mon problème de sommeil.
Je ne prendrai pas cette pilule.
Je ne sais pas si vous avez deviné ce que j’avais envie de dire, ou si vous avez imaginé complètement autre chose depuis le début. J’ai toujours milité pour la liberté du lecteur de roman, la liberté d’interprétation, et pourtant, quand j’écris, je voudrais tellement être compris sans être explicite. Mais en fait, le lecteur n’en a rien à foutre de me comprendre, d'ailleurs, je me demande bien à quoi ça peut lui servir. Il veut juste lire l’histoire d’un gars, et si possible s’identifier à ce mec, reconnaître tant bien que mal ses problèmes dans les siens et voir comment le héros s’en sort. Les écrivains qui écrivent des romans avec une fin funeste sont des criminels. Et je suis sûr qu’ils le savent, que c’est comme un gros bras d’honneur qu’ils font à leur lecteur. « Tu cherchais une solution ici mon gars ? Tu voulais voir comment tu aurais pu t’en sortir ? Trouver un peu d’espoir du malheur d’un autre ? Hé bien va te faire foutre, y’a rien qu’on puisse faire pour toi. ». Y’a qu’à voir les midinettes en mal d’amour qui lisent les œuvres de Marc Lévy. Mais au fond, je préfère largement le premier qui a le mérite de ne pas donner de faux espoirs à ses lecteurs et leur montrer la réalité, tandis que le deuxième enferme les pauvres petites dans des schémas pseudo-romantiques les insatisfaisant à jamais. Marc Lévy est un sadique, il a sûrement une petite queue ou une femme qui refuse la fellation. Heureusement qu’il y a des braves gars comme Nicolas Rey ou Beigbeder pour passer derrière lui et faire le ménage.
Bon, sur ces considérations littéraires épatantes de sincérité et bouleversantes de vérité, je vais prendre le meilleur somnifère qu’on ait jamais inventé, le film de cul et la branlette, et je vais essayer d’essayer de m’endormir…
Je vous raconte une histoire d'amour.
Un samedi. On arrive en carrosse (la Xantia tunée de mon cousin, il est sympa de bien vouloir me conduire.) au bal de Gedinne (rassemblement de jeunes issus de la campagne environnante venus pour boire quelques bières au rythme du TOP50 qui passe en boucle). Les traditionnels BOUMBOUMBOUM EST-CEQUEVOUSETESLACESOIIIIIIIIIR? BOUMBOUMBOUM trahissent une ambiance déjà torride... Je fais la queue devant le chapiteau située sur la grand-place du village (coincée entre une ferme et l’hôtel de ville).
Je fais la queue, je paye 5€, je rentre, j'achète une
quinzaine de tickets boisson, je vais au bar. Je vous passe les détails ennuyeux. (Et
vous devriez m'en être reconnaissants, parce que ce serait vraiment chiant,
pour vous comme pour moi, des types comme Zola ou Flaubert ils devaient pas
s'en rendre compte, c'est incroyable quand on y pense. Ce qui fait que si on veut se la péter en société et dire qu'on a beaucoup apprécié madame Bovary (ouais, on ira quand même pas jusqu'à donner un avis personnel...) faut se taper des dizaines de pages ennuyeuses. Je ne vous ferai pas cet affront là, car moi, dans mes histoires, les longues descriptions ennuyeuses n'existent pas! Non, elles sont remplacées par mes considérations sur les descriptions naturalistes...
Depuis la vue plongeante (de moins en moins plongeante
d'ailleurs, au fur et à mesure que les bières descendent et que je m'affaisse
contre le comptoir), je regarde danser tous ces gens qui m'apparaissent alors
comme un gros tas de viande, du haché plus précisément, rose et en filaments
comme ça, en train de gigoter tant bien que mal. Jusqu'à'c'que-PAF, je la voie.
Tout à coup, je n'entends plus rien et ne vois plus rien d'autre que ses deux
hanches balançant au rythme d'une musique tout à coup devenue très sensuelle.
Elle est coiffée à la garçonne, porte un tshirt d'un vieux groupe de rock, un
jean seyant et des baskets, genre converse. Elle a l'air complètement
intelligente, tout à fait sympathique, sensiblement drôle et vachement bien
foutue ... hé mais attendez... mais... mais c'est la femme de ma vie ça!
BOUMBOUMBOUMBOUMATTENTIONC'ESTPARTI!BOUMBOUMBOUM, cette
fois-ci ce n'est pas le traditionnel appel du DJ mais de mon coeur qui bat si
fort que j'ai l'impression de voir ma chemise se soulever légèrement vers la
gauche. Elle s'appelle sûrement Diane ou un autre de ces prénoms de déesse qui
roxxe.
"Diane, tu veux boire quelque chose avec moi?" ahah
non mais vous me prenez pour qui? c'était pour rire hin... "Diane, je ne
t'en veux pas de me rendre dingue, je te pardonne entièrement quant au fait que
je sois fou de toi et je cautionne totalement que tu sois la femme de ma vie,
qu'on se marie et qu'on soit très heureux dans une grande maison avec un grand
jardin et un chien. Je t'excuse, alors si tu n'y vois toujours pas
d'inconvénient, j'accepte ton implicite demande de venir boire un verre avec
moi...".
Hum, elle risque de ne pas comprendre avec toute cette
musique... Hé oui, je n'ai pas décroché du bar, d'abord. Mais j'essaye de
trouver de mon endroit stratégique la formule qui fera mouche, qui sera louche,
assez pour l'intriguer, pas trop pour ne pas l'effrayer. Hé mais attendez, elle
ne se fond vraiment pas dans le décor, ce doit être une flamande en touriste
dans cette superbe région des Ardennes! Mmmhhh, grrrr, brrrrr, je serre les
dents du plus fort que je peux, cette fille est la femme de ma vie, c'est
certain, et je ne trouve pas le courage de lui parler. Mon Dieu, je l'aime de
tout mon âme, dix ans de ma vie si tu m'envoies un frôlement, quinze 15 contre
un sourire et je signe des deux mains pour la vente de mon âme au diable pour
un baiser...
"Diane, ik
weet dat je ex minister-president denkt dat ik niet intelligent genoeg ben om Nederlands
te leren maar ik zou toch wel graag een beker of twee met jij drinken..."
Puis y'a cette autre fille qui n'arrête pas de la coller, elle ne la laissera donc jamais toute seule! En plus, qu'est ce que l'autre est moche à côté de mon amour, elle a l'air méchante, médisante et cruelle. Je suis sûr qu'elle pourrait noyer des bébés chats sans verser une larme! Quel accueil me réservera cette amie si j'aborde Diane?
Et pourquoi je me suis habillé si mal ce matin? Puis je n'ai pas mis de déo, si elle s'en rend compte, je suis foutu, merde... Est-ce que mon air nonchalant lui parait ridicule? Mince, quand je mets mes mains dans les poches, ça fait un pli sur l'avant de mon pantalon, je dois penser à les enlever quand je lui parle!
Bon, après cette cigarette, j'y vais, c'est promis. Je baisse les yeux, tire une dernière et longue latte, lâche ma clope, l'écrase, relève la tête et part d'un air décidé et… merde elle n'est plus là!
Bordel, c'est pas vrai quand même! Je cours, je fais le tour de la place de Gedinne, j'attends devant les toilettes des filles. Mais merde, je veux bien lui crier si elle veut, DIANE, JE T'AIME! Mais où es tu, je te donnerai tout je te promets, pour toi j'écouterai même du hip pop, je m'habillerai en training et je ferai du breakdance!
Je cours encore un peu, puis je marche, je marche encore un peu puis je m'assieds, sur le perron de la ferme. Je sors mon tabac de ma poche arrière gauche, du geste nonchalant que j'étais censé prendre devant elle, je sors les feuilles de la poche avant de ma chemise... Désormais chacun de mes gestes sera accompagné de sa présence en pensée... Je fume lentement ma cigarette en regardant les étoiles, en me disant que je suis quand même ringard quand je suis bourré! Je pleure doucement, tout se relâche, la pression, l'espoir, l'imagination, je souffle.
WOUF WOUF GRRR WOUFWAF, tout à coup le berger allemand de la ferme me tire de mes rêveries, je prends mes jambes à mon cou en rigolant et en hurlant à la lune! J'arrive un peu essoufflé à la soirée, encore un peu goguenard du pittoresque de la situation, je me marre doucement, puis je vais me rechercher une bière et reprends mon poste stratégique.
- Simon, il est où le pull rouge, chiné, que je t’avais tricoté, celui comme le garçon qui est mort, tu ne l’as pas perdu au moins ?
- Euh dans ma chambre je crois, je le mets souvent…
…
- M’man ? Le garçon qui est mort ?
- Oui, le frère de Tim, ton petit cousin, on l’a retrouvé dans son lit, il y a deux jours.
- Ah… Overdose ?
- Ou médicaments…
On entendait plus que le bruit des couverts qui
s’entrechoquaient et les spaghettis qui remontaient dans nos bouches, dans un
bruit de succion. Je me sentais à l'étroit dans ma chemise, je me sentais sale. Mes yeux fixés sur l'assiette, je me concentrais pour attraper cette boulette de viande avec ma fourchette. Tandis qu'elle la transperçait de part en part, je le voyais, sale lui aussi, dans son lit, tout habillé. Mais je ne pouvais pas aller plus loin, un certain frisson m'en empêchait. Je pouvais assister à sa mort, sans pour autant jamais comprendre ou ressentir ce qui lui traversait le regard à cet instant.
Je repense aussi à ce grand type efflanqué, qu’on voyait souvent main dans la main avec cette fille. Pas plus tard qu’il y avait trois jours, il s’était pendu. Elle l’avait quitté la veille.
Elle est tout près, elle rôde dans le coin la salope.
- Mamaaan ? demande ma petite sœur. Il avait quel âge le frère de Tim ?
- Il allait avoir vingt ans dans deux mois. Pfff, j’ai l’impression que c’était hier, il venait chercher de la Minavese à la pharmacie. Quelques mois plus tard c’était de la méthadone qu’il venait réclamer…
Je rosissais légèrement en pensant à la Minavese planquée dans le fond d’une boîte à chaussures, dans ma chambre.
On peut jouer, on peut tirer sur l’élastique, revenir, tirer
encore plus fort, finir par le détendre, on imaginera jamais que cela puisse
casser. Vous avez beau essayer de faire fondre les deux bouts avec votre
briquet, pour les recoller, ça ne fait que cramer. Et tout s’en va, en une
fumée noire et puante, tout disparaît.
Un destin brisé, c’est tout. Je ne veux même pas enjoliver la réalité, elle est déjà tellement surréaliste que je ne voudrais pas y toucher.
Putain les gars, merde quoi…
on Looney Tunes